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 I'm sorry, I messed up (feat. Sayuri)

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MessageSujet: I'm sorry, I messed up (feat. Sayuri)   Lun 2 Sep - 2:21

L’attente était interminable.

Sayuri avait appelé le taxi pour que l’on se dirige vers l’hôpital. Sans dire un mot, j’avais enfilé des souliers de peine et misère, et une petite veste contre le vent un peu frisquet de cette journée d’été. Les bandages à la main, mon portefeuille de l’autre, j’ai ouvert la porte en lâchant un faible « je vais aller attendre dehors », avant de la refermer un peu trop abruptement. J’ai été m’asseoir, finalement, au bas des marches qui menaient jusqu’à la porte de l’appartement, à l’extérieur. La jambe droite bien étendue sur le long pour ne pas la plier, j’ai enfoui ma tête entre mes bras croisés sur mes genous.

Bravo, Hiroto. Tu as encore ruiné un beau début de journée avec Sayuri. Tu sais quoi ? Tu aurais pu lui avouer que tu l’aimes, après lui avoir montré comment lire. Ça lui aurait prouvé que tu fais tout ça pour elle et parce que tu en as envie, et non pas parce que tu te sens obligé.

Je repense à toutes ces fois où Sayuri et Sumomo tentaient de me tirer les vers du nez. Est-ce que tu aimes quelqu’un ? Oui. Qui ? Je ne le dis pas. Pourquoi pas ? Parce que. Allez, dis ! Non !!

Arima Hiroto, où l’homme qui sait se servir de ses poings mais qui ne peut pas avouer à son amie d’enfance qu’il l’aime à la folie.

Ma jambe droite me faisait mal, une douleur similaire à de l’élancement. Je craignais une rupture de ligament ou une fracture du genou. Rien de bien pratique, au final. Je ne pleurais pas souvent, mais la douleur et mon désarroi face à mon attitude eurent raison de moi. Quelques larmes coulèrent sur mes joues, vagabondes, qui n’auraient pas osé s’aventurer à l’extérieur de mes glandes lacrymales si Sayuri était présente. Je préfèrais laisser échapper mes émotions silencieusement à l’aide de quelques larmes et haletement, que de crier et sangloter bruyamment comme un idiot.

La porte s’ouvrit derrière moi, et j’entendis Sayuri marcher tranquillement vers moi et venir s’asseoir à mes côtés. Avant qu’elle ne soit arrivée à destination, j’ai porté mes mains à mon visage, tentant d’essuyer toutes traces qui pouvaient trahir que j’avais pleuré. C’était comme tenter de prouver que je n’avais pas d’émotions, mais s’était impossible. Je me doutais bien que tôt ou tard, Sayuri allait se rendre compte que j’avais pleuré. Pas parce que j’avais le nez ou les yeux rouges, pas à cause de ma mine maussade, mais à cause d’une main qui pourrait venir effleurer mes joues humides.

- Alors… est-ce que tu sais quand il va arriver, ce taxi ?

J’étais beaucoup plus calme qu’à mon habitude, tentant de retenir d’autres larmes ou des gémissements de douleur. Je me devais de focusser sur autre chose que ma jambe et tenter une approche calme. Je regardais souvent des deux côtés de la rue, scrutant l’horizon et les coins de rue pour voir si un taxi osait se pointer le bout du nez. Je savais pertinemment qu’entre Sayuri et moi, il n’y avait que moi qui pouvait savoir si le taxi y était. Parfois, les chauffeurs pouvaient être odieusement lents. Le taxi arriva finalement en face de nous, s’arrêtant à deux pas de notre position.

- Il est arrivé.

Avec difficultés, je tentai de me lever sans effectuer de flexion du genou droit. J’ai pu me rendre jusqu’à la porte arrière du taxi en sautillant, puis j’ai ouvert la porte du taxi pour Sayuri, afin qu’elle s’asseoit en premier. Je l’ai immédiatement suivi, traînant ma jambe péniblement au travers l’ouverture de la porte de la voiture.

- Nous aimerions aller à l’hôpital le plus proche, s’il vous plait.

Le chauffeur, ayant reconnu nos traits étrangers, semblait à première vue surpris de la quasi absence d’accent dans ma voix. Sans rouspetter, il prit la direction de l’hôpital comme demandé. J’ai tourné mon visage vers la fenêtre, n’osant pas poser mon regard sur Sayuri. J’étais honteux de lui causer autant de problème. Je savais pertinemment que, bien que je n’aimais pas les hôpitaux, elle les détestait encore plus que moi. Je n’ai pas dit un seul mot de tout le trajet. Je préfèrais concentrer mon attention sur le paysage urbain qui défilait sous mes yeux, tentant d’oublier ma douleur au genou. Par le fait même, je n’ai pas porté attention à Sayuri du tout. Si elle a tenté de me parler, je ne l’ai probablement pas entendu.

En l’espace de quelques minutes, nous sommes arrivés à l’hôpital. J’ai sorti mon portefeuille et payai un peu plus que la somme d’argent demandée, en faisant savoir au chauffeur de garder la monnaie. Je l’ai remercié, et je suis sorti de la voiture avec autant de difficulté que j’y suis entré, tendant la main à Sayuri pour lui donner un repère.

Nous étions donc à l’hôpital. Toujours aussi silencieux, je me suis dirigé vers l’entrée des urgences en sautillant sur une jambe. Encore une fois, je ne devais pas plier ma jambe, sinon je pouvais être certain que j’allais crier ou pleurer encore une fois. Hors de question de pleurer devant Sayuri ! Je lui serrais quand même la main en chemin vers l’urgence, de peur de la perdre, même si elle avait apporté sa canne. Ici, elle n’avait pas ses repères environnementaux usuels comme à la maison ou à l’école. Nous avions l’air d’un drôle de couple de personnes : le garçon qui boîte, et la fille qui a une canne.

Nous avons donc fait la file à l’hôpital, attendant de pouvoir parler à une réceptionniste pour que l’on puisse être admis à l’urgence. J’ai sorti mes pièces d’identités, et les donnèrent à la jeune dame qui était au comptoir à mon tour.

- Je suis Arima Hiroto, je crois que je me suis cassé le genou.
- Et qui est-ce ?
- Mon amie, elle m’accompagne.

Après quelque paperasse à remplir, je fus admis à l’urgence et fut appelé à patienter dans la salle, jusqu’à ce qu’on dise mon nom à l’intercom pour les premiers examens. Je pris donc place sur une chaise et m’assis, dans la même position que tout à l’heure sur les marches : Le genou gauche en flexion, la jambe droite étendue. Puis, j’ai dirigé mon regard vers le sol, toujours aussi honteux.
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MessageSujet: Re: I'm sorry, I messed up (feat. Sayuri)   Mar 3 Sep - 1:13




I'm sorry, I messed up - Tenue
Ft. Hiroto & Sayuri
 
Inutile.

C’est le mot qui me définie le mieux en ce moment. Ah non, il y a aussi : incapable, impuissante, empotée… et tous leurs synonymes. Je me sentais mal de ne pas être comme tout le monde, d’être «normale» en ce moment. Je ne pouvais pas aider correctement celui que j’aime, alors qu’il a l’air de vraiment passer un mauvais moment. Tout ce qu’il m’avait laissé faire avait été appeler le taxi et après, il était allé dehors sans rien demander de plus. J’eus la présence d’esprit de penser à me changer, je ne pouvais pas aller en pyjama à l’hôpital! Je ne pris pas mon temps cependant pour avoir l’air tout droit sortie d’un magazine de mode, je ne voulais pas faire attendre Hiroto. Je ne savais pas trop s’il faisait froid ou chaud dehors, je ne m’en souciai pas en fait et mit les premières choses qui me tombèrent sous la main : un short noir et une camisole blanche. Normal que ce soit les premiers trucs qui me sont tombés sous la main, puisque c’est ce que je portais la veille, en soirée, quand j’étais assise devant la télé à écouter un nouvel anime dont je ne vois pourtant pas les dessins, en mangeant des raisins. Dans l’appartement, il fait toujours chaud, donc je porte souvent des vêtements légers. Mais… dehors? Enfin, ce n’est pas grave, je ne voulais pas laisser Hiroto seul trop longtemps. Ce serait un plan pour que le taxi arrive et qu’il le prenne sans moi! Il me dirait en revenant «qu’il ne voulait pas que je m’inquiète». Ouais… je lui en ferais moi des «ne pas m’inquiéter»! Bref, je fis un rapide tour à la cuisine, attrapant quelques fruits que je sais qu'il aime pour manger en attendant. Raisins, fraises, bananes et clémentines. Je les mis tous dans un petit plat de plastique. Ça ne le guérira pas, mais ce sera déjà ça... Je pris ensuite ma canne, mis des souliers plats bien normaux et sortis pour aller le rejoindre dehors.

Je fis de petits gestes avec ma canne, je ne voulais pas non plus l’assommer avec. Il souffre probablement bien assez comme ça déjà. Une fois trouvé, je m’assis avec une grande prudence à côté de lui. Je dis que je l’ai fait prudemment en le sens que j’ai fait attention à ne pas accrocher une de ses jambes. Je glissai une de mes mains sur son bras, remontant à son épaule, puis ma main suivit cette ligne horizontale, frôlant ses omoplates pour s’arrêter à son autre épaule. Je le serrai ainsi doucement contre moi, le tenant par les épaules. J’appuyai d’ailleurs ma joue sur son épaule, restant silencieuse. Je ne savais pas trop quoi dire, je me sentais mal de ne rien pouvoir faire… alors tout ce que j’aurais dit aurait été teinté de cette culpabilité et ça l’aurait probablement agacé. Après un petit moment, je relevai doucement ma tête et approchai mon visage du sien. Je déposai doucement mes lèvres sur ce qui je croyais être sa joue. C’est en lui offrant ce petit baiser bien «amical» et qui se voulait réconfortant, comme je lui en fais souvent, que je sentis la légère humidité qui perlait encore sa peau. Il avait probablement pleuré. Il devait avoir vraiment mal, mais ne voulait pas le dire. Si j’avais eu un regard, j’aurais baissé les yeux en me sentant mal. Mais mon regard ne partage rien. Ma main sur son épaule le serra doucement pour le coller un peu plus contre moi quelques secondes et je reposai ma tête sur son épaule. Il n’avait pas à jouer les durs avec moi, il le sait pourtant et c’était ma manière de le lui rappeler. Nul besoin de mots pour ça, je passe mon temps à le lui rappeler de toutes manières. Je l’aime comme il est, il n’a pas besoin d’être un surhomme pour occuper de la place dans mon cœur. Il lui appartient déjà en entier.

-« Alors… est-ce que tu sais quand il va arriver, ce taxi ? »

-« D’ici cinq à dix minutes… je leur ai demandé d’être le plus rapide possible… » Répondis-je sans bouger, d’une voix légèrement faible, je ne voulais pas lui crier dans les oreilles non plus…

J’essayais d’être calme moi aussi. J’étais assez inquiète, je ne voyais pas ce qui se passait, mais je comprenais que Hiro en souffrait beaucoup… et que je ne servais à rien. Je le sentais agité, malgré son silence, il bougeait beaucoup la tête. Probablement qu’il cherchait du regard le taxi.

-« Au fait… je t’ai apporté des fruits… pour que tu manges un peu… Ce n’est pas le déjeuner que je t’avais promis… mais… je ne voulais pas te faire attendre… » Murmurai-je en relevant la tête et cherchant à tâtons le plat de fruits que j’avais mis à côté de moi.

Je mis la main sur le plat et l’ouvrit avant de le lui tendre avec un petit sourire qui se voulait encourageant. J’étais nerveuse à l’idée de mettre les pieds dans les hôpitaux, je n’en suis jamais ressortie avec des bonnes nouvelles. Déjà quand j’étais petite et que j’y allais pour les examens pour mes yeux… le retour n’était jamais joyeux. Mes parents trouvaient très dur le fait que je devienne possiblement aveugle plus tard. J’essayais de les égayer et de leur faire oublier leurs inquiétudes. Après, je suis devenue aveugle, mais pas à cause de la maladie. Autre beau souvenir de l’hôpital… L’hôpital, ça sent la mort, la maladie, la tristesse… Tout ce qu’on y entend, c’est la symphonie de la mort lente ou de la mort subite, les gens qui pleurent en silence, les gens qui courent aux urgences, les gens qui crient pour avoir un docteur, les parents qui se demandent comment annoncer à leur enfant qu’il va mourir… Les gens «normaux» n’entendent pas tout ça, enfin oui, mais ils n’y portent pas attention. Moi, ça m’agresse. Je ne vois rien, mais je les ressens les tensions. J’entends encore mieux les lamentations et les faux espoirs… Je déteste à en crever les hôpitaux. Sauf que je vais prendre sur moi et accompagner Hiroto, je ne peux pas faire grand-chose, mais je peux au moins être présente pour celui que j’aime. Non?

-« Il est arrivé. »

Ma main descendit de son épaule, parcourant son dos pour venir retrouver le sol sur lequel je pris appui pour me relever. Je tendis ensuite ma main à Hiroto pour l’aider à se relever sans trop se faire mal. Je le suivis ensuite jusqu’à la voiture et embarquai sans m’obstiner. Ça ne servait à rien de me battre pour qu’il embarque le premier, sinon à le faire attendre et qu’il ait mal et qu’en plus je l’accroche en embarquant après! Je tentai de me faire toute petite et entendit la porte se refermer.

-« Nous aimerions aller à l’hôpital le plus proche, s’il vous plait. »

Je ne dis rien, il avait pas mal tout dit. Je glissai ma main sur le banc, j’allai voler la sienne. Je la gardai dans la mienne. Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais peur qu’il ne soit loin en ce moment. Je ne pouvais rien faire sinon l’accompagner – et me sentir inutile et coupable d’être inutile. J’avais donc cet étrange besoin de le sentir là. J’ai toujours besoin de le sentir avec moi, mais quand je m’inquiète, c’est encore pire. C’est pathétique de ma part, je le sais, mais je n’y peux rien. Le trajet me parut long et affreusement silencieux. Hiroto ne disait rien. Je ne savais pas quoi dire. Seule l’étrange musique du chauffeur de taxi nourrissait l’ambiance. Je serrais de temps à autres un peu plus la main de celui que j’aime, comme si j’avais peur qu’il n’y soit plus, qu’il ait ouvert la porte sans que je ne m’en rende compte et se soit sauvé alors que la voiture est en marche. Chose complètement stupide.

La voiture s’immobilisa, je ne m’en rendis pas compte sur le coup. J’avais trop la tête ailleurs, à me reprocher de ne rien faire. C’est le fait que Hiro tire sur ma main qui me tira littéralement de mes pensées. Je le suivis donc, essayant de marcher à son rythme et ne pas être un problème de plus. Je me rapprochai de lui pour prendre son bras et non seulement sa main. Je n’aime pas les hôpitaux, c’est un fait établi depuis longtemps. Je me sentais donc mal à l’aise en ces lieux, les bruits et l’odeur m’attaquaient déjà. Je ne venais que pour Hiroto, mais j’avais malheureusement moi aussi besoin de lui pour mettre les pieds ici. Vraiment nulle comme accompagnatrice, je sais. Nous nous arrêtâmes et avancions qu’à un rythme lent. On faisait la file. J’entendais les gens tousser, gémir, murmurer ou se moucher autour de nous. Tout ça mêler aux conversations des infirmières, au bruit de leurs doigts contre les touches de clavier ou les téléphones qui sonnaient. C’était étourdissant et stressant, mais je prenais sur moi pour rester calme.

-« Je suis Arima Hiroto, je crois que je me suis cassé le genou. »
-« Et qui est-ce ? »
-« Mon amie, elle m’accompagne. »

Mon amie. Je ressentis un petit pincement au cœur. J’aurais préféré qu’il ajoute le qualificatif «petite» entre ces deux mots, mais pas dans le sens de ma grandeur. Bref… ça me fait toujours bizarre quand il dit que je suis son amie, même si c’est le cas. Je forçai un petit sourire, mais restai toujours silencieuse. Nous n’étions pas là pour moi. Je n’avais rien à dire, encore moins quand je suis aussi stressée, encore moins ici. Je suivis ensuite Hiro jusqu’à la salle d’attente – j’imagine que c’était ça. Je m’assis à côté de lui et repris son bras dans les miens et reposai encore ma tête contre son épaule. Je fermai les yeux et m’efforçai à respirer très lentement. Je ne voulais pas que trop d’air hospitalisé n’entre dans mes poumons. Je me mis plutôt à rêvasser ou j’essayai du moins, je m’imaginais des choses plus jolies. Hiroto qui m’apprend effectivement à lire. Mon cœur battait légèrement vite. Je ne saurais dire si c’était à cause de l’hôpital ou de ma proximité avec celui qui le possède. Il faut dire qu’il battait au même rythme tantôt, dans les escaliers et il s’était même accélérer quand je lui avais déposé un baiser sur la joue. Il le fait toujours dans ses moments-là. Le traitre.

-« Tu veux manger quoi? Quand on rentrera je veux dire… » Dis-je finalement d’une voix un peu lointaine, parce que j’étais encore un peu dans ma bulle. « Après tout, je t’ai dit que je te ferais à déjeuner… et tu ne pourras sûrement pas dire non. En fait, tu ne pourras pas dire non. Ce sera enfin mon tour de m’occuper de toi, ça fera un peu changement… » Ajoutai-je, essayant de trouver le positif pour l’égayer. « Je ferai de mon mieux pour être à la hauteur! » Lui promis-je en relevant doucement la tête pour lui offrir un sourire bienveillant.

Non, il ne sera pas handicapé, je le sais, mais j’imagine qu’on lui dira de limiter ses mouvements. En tout cas, JE lui dirai de se limiter et hors de questions de me tenir tête sur ce coup. En plus, c’était l’occasion pour moi de lui montrer ma reconnaissance, puisqu’il s’occupe toujours si bien de moi. 

© Belzébuth
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MessageSujet: Re: I'm sorry, I messed up (feat. Sayuri)   Mar 3 Sep - 3:17

Présentement, tout ce que je me dis, c’est que j’aurais du ne pas dire à Sayuri que j’avais mal et me rendre à l’hôpital tout seul. Non, mais où avais-je la tête? Je savais clairement qu’elle ne supportait pas les hôpitaux, surtout depuis son accident. Au pire, j’aurais du lui dire « Non non, Sayu, je vais aller consulter seul, toi reste ici et prépare le déjeuner! » ou un truc du genre. Mais à la place, j’ai fait mon égoïste, comme si je voulais absolument qu’elle m’accompagne. Pourquoi faire? Je détestais la sentir nerveuse à mes côtés, j’avais toujours l’impression d’y être pour quelque chose. Bien entendu, cette fois-ci, c’était entièrement ma faute.

Quel ami pitoyable je suis.

J’aurais du lui dire qu’il faisait un peu froid à l’extérieur. De ce fait, elle ne serait pas sortie en simple camisole, et aurait pu apporter quelque chose d’un peu plus chaud à mettre si elle commençait à frissoner. Mais à la place, je l’ai ignoré et je suis parti à l’extérieur sans rien dire. Pourquoi faire? Pour qu’elle grelotte comme un petit chaton qui tombe dans l’eau glacée du bain, et qu’elle me réclame silencieusement ma propre veste? Avais-je tant besoin de me sentir supérieur? La réponse est non. Alors, pourquoi?

J’aurais du appeler le taxi moi-même, au lieu de lui laisser le faire comme un abruti. Elle était sans doute habituée, mais elle devait avoir de la difficulté à trouver les bonnes touches sur le combiné. Elle devait avoir eu de la difficulté à se faire comprendre au téléphone, sachant que parfois, les chauffeurs de taxi sont un peu racistes. Non seulement j’ai des yeux fonctionnels, mais j’ai également l’avantage de parler coréen couramment. Alors, pourquoi?

Et par dessus tout, je vais éternellement me sentir coupable d’avoir baissé mes gardes et laissé Sayuri m’approcher, sans défense. Cette main qui s’était déposée sur la mienne, toujours humide des larmes que j’avais essuyées de mes joues. Ces lèvres qui s’étaient aventurées sur ma joue, prêt de mon œil, humectées de ces mêmes larmes que j’avais laissé échapper. Ces contacts physiques me permettaient parfois de sentir comment Sayuri, expressive, se sentait. Elle semblait nerveuse et désolée. Croyait-elle qu’elle était la raison de ma tristesse? Quand elle déposa sa main sur mon épaule, puis sa tête, je ne pu m’empêcher de serrer son autre main. Pourquoi autant de contact physiques avec un homme aussi méchant et égoïste que moi? Voulait-elle me punir?

- Au fait… je t’ai apporté des fruits… pour que tu manges un peu… Ce n’est pas le déjeuner que je t’avais promis… mais… je ne voulais pas te faire attendre…

- Je n’ai pas faim, merci.

D’un geste doux, j’ai légèrement repoussé le bol vers elle, afin qu’elle puisse le refermer. Ma gratitude envers Sayuri, qui tentait de prendre soin de moi du mieux qu’elle le pouvait, était forte; néanmoins ma honte était proportionnelle à cette gratitude qui pesait lourd sur mes épaules. Même si j’étais content qu’elle veule s’occuper de moi, je ne voulais pas qu’elle dépense trop d’efforts pour une personne comme moi. Après tout, j’avais ruiné notre journée. Je ruinais nos vies en général en sortant sans cesse et en me battant. Je ne méritais rien de tout ça.

Au fur et à mesure que les interminables secondes passèrent avant que notre taxi arrive, je pouvais sentir la nervosité grandissante de Sayuri défiler au travers de mon propre corps. Je mourrais d’envie de lui dire de rentrer, de ne pas aller à l’hôpital et se remémorer de mauvais souvenirs. J’avais l’impression que lui dire de ne pas venir allait empirer les choses, alors je me suis tut. Peut-être que le silence n’était pas la meilleure des idées, cette fois-ci. J’aurais du lui dire de ne pas venir.

Tous les prochains contacts physiques avec Sayuri, chacun différents des autres, me firent frissonner de bonheur tout en me rendant de plus en plus malheureux. Que ce soit sa main qui se baladait dans mon dos, sa tête sur mon épaule, ou encore ses doigts par dessus les miens; pourquoi continuait-elle? Ne sentait-elle pas les frissons qui me parcouraient l’échine à chaque centimètre que sa peau effleurait? Je déglutis silencieusement quelques fois pendant le trajet de l’appartement à l’hôpital.

Probablement que je méritais toutes ses souffrances. Karma.

Son bras contre le mien, nous avions l’air d’un véritable couple à l’hôpital. Je pouvais sentir les regards des passants et des patients de l’hôpital se poser sur nous. J’avais l’impression que quelques uns croyaient que nous étions beaux ensemble, mais que d’autre nous jugeaient. Encore là, j’étais heureux, mais tout aussi malheureux. J’avais envie de faire semblant, de jouer le jeu à l’hôpital; mais Sayuri était aveugle, pas sourde. Dire à voix haute qu’elle était ma petite amie aurait pu avoir de graves répercussions sur notre amitié, surtout qu’elle n’était probablement pas intéressée. Qui pourrait être intéressée par moi, de toute façon. J’ai donc du me résoudre à dire que « mon amie » m’accompagnait. Petite amie m’aurait plus davantage.

Une fois assis, Sayuri se mit encore une fois à me parler de nourriture, tentant à tout prix de me faire manger. Mon melting pot d’émotions misérables me nouaient l’estomac, et bien que les fruits semblaient alléchants, la simple vue de nourriture me donnait un haut le cœur. Néanmoins, elle voulait absolument savoir ce que je voulais manger.

- Après tout, je t’ai dit que je te ferais à déjeuner… et tu ne pourras sûrement pas dire non. En fait, tu ne pourras pas dire non. Ce sera enfin mon tour de m’occuper de toi, ça fera un peu changement…

- Je n’ai pas faim.

Sa tête de nouveau enfouie dans le creux de mon épaule fit accélérer le rythme de mon cœur, encore plus qu’il ne l’était. Cette fois-ci, je déglutis à nouveau, mais plus bruyamment, tout en laissant échapper un faible soupir ressemblant à un gémissement. Ma main libre agrippa le siège où j’étais assis, tentant de faire passer le maximum de mes émotions dans mon bras. L’unique avantage à cette montagne russe émotionnelle, c’est qu’elle m’empêchait de ressentir la douleur dans ma jambe.

« Ce sera enfin mon tour de m’occuper de toi ». Ces mots continuèrent de résonner dans ma tête, sans que je trouve quelque chose de concis à répondre. Elle s’occupait déjà suffisamment de moi. Comment pourrait-elle en faire plus? J’avais toujours si peur qu’elle se brûle en cuisinant, même si je savais pertinemment qu’elle était habituée et totalement en mesure de cuisiner.

- … et puis, tu t’occupes suffisamment de moi, dis-je en m’étranglant partiellement.

Je tournai la tête du côté opposé, en direction d’un mur. Je pouvais voir une plus grande variété de patients dans la salle d’attente de ce côté. Certains avec la grippe ou d’autres virus du système respiratoires; d’autres avec des lésions plus ou moins majeures; et encore d’autres comme moi, avec une partie du corps cassée. Il y en avait d’autres, bien entendu, mais les cas particuliers étaient présentement rares dans la pièce.

J’entendais parfois quelques personnes murmurer « regarde le beau couple là-bas, ils sont mignons ensembles » ou autres dérivés plus ou moins sympathiques. Chacun d’entre eux faisaient accélérer ma respiration et mon rythme cardiaque, et je devenais de plus en plus tendu. Et si Sayuri entendait tout cela, elle aussi? À quoi elle penserait? Elle qui était si proche de moi physiquement, présentement… elle devait sentir mes réactions corporelles expressives. Puis, une jeune femme nous a dit, directement : « Mais comme vous êtes mignons, tous les deux! »

Je ne savais pas quoi dire.

J’ai regardé la femme, le regard nerveux et l’air ébahi. Ma respiration se faisait pressante; mon cœur battait la chamade, et je sentais ma température corporelle augmenter sous l’effet de la nervosité. Je ne réussi qu’à lui esquisser un sourire gêné, après avoir déglutis bruyamment une dernière fois. Peut-être étions nous mignons, tous les deux, mais notre relation était impossible. Sayuri méritait quelqu’un de bien, pas d’un salaud comme moi qui ne pouvait pas s’occuper d’elle convenablemement.

« Arima Hiroto est demandé à la salle des rayons X s’il vous plait. Arima Hiroto. »

Je me suis levé de mon siège, invitant Sayuri à faire de même, et j’ai scruté du regard la salle des urgences pour trouver une indication quelconque. Où était la salle des rayons X? J’ai vu le panneau annonçant la direction de ladite salle une fraction de seconde plus tard. J’ai pris la main de Sayuri pour l’aider à se diriger, et j’ai continué mon chemin, sautillant, vers la salle. Celle-ci était un peu plus loin que je croyais, et m’y rendre sans tomber ou sans plier ma jambe était presque impossible. J’ai du marcher sur ma jambe quelques fois pour éviter une chute, dans laquelle j’aurais pu entraîner Sayuri.

Finalement arrivés à la salle, j’ai indiqué à Sayuri où elle pouvait s’asseoir, puis je me suis assis à ses côtés. La pièce, hormis l’équipement nécéssaire pour les rayons X, contenait quelques sièges, un petit bureau, une poubelle et les autres équipements de base se trouvant normalement dans un bureau de docteur. Contre toute attente, aucun médecin n’y était présent à l’instant. Une infirmière entra finalement dans la salle.

- Bonjour Monsieur Arima. Le médecin devrait arriver sous peu.
- Merci.

L’infirmière a quitté la pièce, vacant à ses autres et multiples occupations dans cette allée de l’urgence. Moi, après un long soupir, j’ai laissé échapper un seul mot, faiblement.

- Désolé…

Je ne pouvais rien dire d’autre. J’en étais incapable. Désolé de ne pas avoir été à la hauteur. Désolé d’être pitoyable et égoïste. Désolé de ne pas avoir pu te protéger comme il se fallait. Désolé pour tout.
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MessageSujet: Re: I'm sorry, I messed up (feat. Sayuri)   Mar 3 Sep - 23:26




I'm sorry, I messed up - Tenue
Ft. Hiroto & Sayuri
 
J’avais essayé de ne pas trop le faire attendre et de me montrer utile, voire un peu constructive… Je lui ai apporté à manger, il n’a pas dormi ou enfin… à peine. Je ne crois pas que le peu qu’il a dormi compte vraiment pour qu’il ait de l’énergie et son café imbuvable… Il n’est même pas utile d’en parler. J’avais donc mis… n’importe quoi et j’avais attrapé quelques fruits que je sais qu’il aime. J’avais ensuite été le rejoindre, espérant qu’il apprécierait le geste. J’essayais en fait de me faire pardonner d’être inutile, de combler mon inaction par d’autres petits gestes… Je m’assis à côté de lui. Je suis toujours tactile, même avec lui, même si j’ai toujours peur que mon cœur ou autre chose ne me trahisse. C’est idiot aussi de ma part, mais je crois que j’aimerais être trahie. Qu’il le sache. Que ça ne me pèse plus autant. J’aimerais encore plus que ce soit réciproque, mais ça… ça, ça n’arrive que dans mes pensées idiotes et innocentes. Hiroto aime déjà quelqu’un, je ne sais pas qui c’est, mais j’ai bien compris que ce n’est pas moi. Autrement, il me l’aurait dit. Après toutes ces années passées ensemble…  Quand j’étais petite, je le disais haut et fort que je l’aimais. Après, ça n’a pas changé, mais j’ai simplement cessé de le dire. Je n’ai pas aimé personne d’autre après, donc… après réflexions, il doit s’en douter. J’espère que ça ne lui pèse pas trop, en tout cas, il ne m’a jamais demandé de m’éloigner ou de cesser de le câliner…

D’ailleurs, lorsque je me collai un peu à lui, sa réaction ne fut pas de me repousser. Je ne me rappelle pas qu’il m’ait repoussé une seule fois, non, à chaque fois, soit il se laisse simplement faire… soit comme il le fit à ce moment, il répond à mon geste. Cette fois, ce ne fut que de serrer ma main, mais c’était déjà ça. J’aurais été blessée qu’il ne me repousse. J’aurais compris qu’il ne veule pas de moi qui l’envahie, mais ça m’aurait fait mal quand même, puisque je ne le fais que dans l’espoir de le réconforter un peu. Je l’aime. Tellement. Tellement que ça m’en fait mal. Je ne crois pas être, je sais ne pas être, le genre de fille qu’il aime. Je lui vole quelques preuves d’affection par-ci, par-là avec mes câlins, mes petits baisers, les fois que je lui prends la main… Je me console de ses petites attentions, en rêvant en secret de plus. C’est cet espoir toujours grandissant qui fait mal, mais je préfère l’avoir auprès de moi comme ami que pas du tout. Je dis ça, mais parfois je me demande si je ne me mens pas. Qu’est-ce qui arrivera le jour où il me présentera celle qu’il aime? Qu’est-ce qui m’arrivera le jour où il sortira avec elle? Je saurai que mes petits rêves se font piétiner et que mon cœur subira le même sort… Je serai contente pour Hiro qui sera heureux, mais honnêtement, je serai affreusement jalouse de la personne qui sera avec lui. Ce sera horrible.

Je préférai ne pas y penser plus longtemps, je n’ai pas envie de m’attrister encore plus. Je me rappelai plutôt des fruits et les lui proposai. Ma gentille attention fut balayée tout aussi gentiment.

-« Je n’ai pas faim, merci. »

Je ne dis rien. J’avais bien envie de lui dire qu’il avait besoin de se nourrir un peu pour avoir de l’énergie, mais pas pour le moment. Il avait pleuré, je le sais. Il fait de son mieux pour rester calme aussi, je préférai donc le laisser tranquille et simplement le garder avec moi… C’est déjà ça. C’est probablement tout ce que je peux demander. Le temps s’écoula ensuite par lui-même, lentement, en silence. C’était stressant. Je sentais Hiroto frissonner, je l’entendais déglutir. J’imagine qu’il avait froid et vraiment mal, que c’est difficile à supporter. Je le serrai un peu plus, ce n’est pas grand-chose, mais je n’ai pas de veste à lui mettre sur les épaules. Je n’ai que mes petits vêtements courts, donc tout ce que j’ai pour le réchauffer… c’est ma personne. C’est idiot et malheureux, mais je n’ai rien d’autres pour me rendre utile.

Une fois à l’hôpital, c’était étrange. C’était stressant et lourd. J’avais peur, je l’admets, aussi j’avais besoin de mon ami pour rester là. Alors que j’étais venue pour le supporter lui. Je suis vraiment… arg… il n’y a pas de mots pour décrire ma bêtise. J’essayais de ne pas porter attention à ce qui nous entourait, je n’aimais pas ce que j’entendais ou sentais. Je trouvais étrange de me sentir observée, j’ai une drôle de tête? Ils n’ont jamais vu une aveugle? J’ai une tache de chocolat sur ma camisole blanche? Je n’osai pas le demander Hiro, ce n’est peut-être que dans ma tête de paranoïaque. Je me pressai plutôt un peu plus contre lui, comme si les gens oublieraient ma présence pour être aveuglés par la sienne. Je devins sa deuxième ombre jusqu’à ce que nous trouvions place dans la salle d’attentes.

Histoire de me détendre un peu, je lui demandai ce qu’il voudrait manger une fois à l’appartement. Je voulais lui changer les idées aussi un peu, lui faire plaisir, aborder un sujet léger et plaisant.

-« Je n’ai pas faim. »

Je soupirai longuement. Hiroto aussi. Je me décollai un peu, croyant que je l’ennuyais à force, puisque je ne cessais de le coller… et d’insister. Cependant, la nourriture c’était vraiment important! C’est important qu’il fasse attention à lui.

-« Hiro… je ne cherche pas à t’embêter… je comprends que t’as pas la tête à ça… mais… t’as presque pas dormi, t’as besoin de quelque chose pour tenir un peu… » Commençai-je en bafouillant nerveusement d’une petite voix. « Oh et puis… laisse tomber… ce n’est pas de mes affaires… » Me rétractai-je finalement, avec un petit soupir à la fin.

J’avais vraiment peur de le fâcher, c’est pourquoi j’avais préféré ne pas continuer. Je tournai la tête pour porter mon attention ailleurs et surtout lui cacher mon visage. Je ne voulais pas qu’il y lise que je me sens conne d’avoir essayé… que je me sens mal d’échouer, encore, comme toujours…

-« … et puis, tu t’occupes suffisamment de moi. »

-« Ça, je m’excuse, mais tu n’as pas raison. Je ne fais même pas la moitié de ce que tu fais pour moi… Je le sais, ça ne sert à rien de le cacher. » Murmurai-je en m’enfargeant un peu dans mes mots à cause des émotions que j’essayais de contenir.

Je fis une pause de quelques secondes et tournai ma tête vers lui. Oh et puis peu importe s’il pouvait en lire trop sur mon visage particulièrement traitre et expressif. Il me trahit à tous les jours, mais soit Hiro n’a jamais su le voir soit il le sait déjà de toutes manières… donc, autant dire les choses. Enfin, pas toutes non plus.

-« Tu sais… t’es là pour moi depuis toujours… Depuis qu’on est tout petits que tu m’endures, même quand je devais t’énerver parce que je disais que je voulais t’épouser et tu ne voulais rien savoir! »
Dis-je avec un petit rire nerveux, me sentant particulièrement émotive à le dire à haute voix. « Même quand… ma mère est morte… On n’en a jamais vraiment parlé… il faut dire que j’évite le sujet, mais t’as été là quand même. Ça a été la même chose après l’accident… Tu as toujours été là, Hiro. Ça compte beaucoup pour moi, tu le sais? Et c’est con de dire tout ça maintenant, je le sais, on est juste dans une salle d’attentes parce que tu t’es cassé le genou… Mais, tu le sais, ça me stresse les hôpitaux et il faut que ça sorte un jour. » Avouai-je, ma voix tremblant doucement.

Je me mordis la lèvre inférieure une seconde, retenant ainsi quelques mots. Je serrai sa main dans la mienne, j’avais besoin de le savoir toujours là après ce petit discours un peu trop sincère pour les circonstances.

-« Tout ça pour dire… arrête de penser que j’en fais assez ou autre, c’est à moi de juger ça. Tu es… vraiment… important pour moi et c’est ma manière de te remercier… C’est mal? » Lui demandai-je, m’inquiétant d’en faire trop ou d’avoir l’air trop intense.

Voilà. J’ai l’air stupide. Je préférai me taire plutôt que de dire d’autres trucs gênants. Je baissai la tête, j’étais hyper gênée. J’ai dit trop de trucs. Pour en ajouter à la gêne, j’entendis une voix inconnue dire que nous étions mignons tous les deux. Est-ce qu’elle m’avait entendu et venait pile à ce moment pour ça? Je ne savais pas trop, mais je sais que je rougis et penchai la tête pour le cacher. Je passai ma main libre sur mon visage, comme si je repoussais une mèche de cheveux gênante, alors qu’en fait, je cherchais juste à cacher ma réaction. Nous fûmes sauvés par le gong, Hiroto fut appelé à l’intercom. Je me levai et lui tendis ma main libre pour qu’il me guide. Cette fois-ci, je m’approchai un peu plus de lui et je passai mon bras autour de sa hanche. Je pourrai ainsi mieux l’aider à marcher. Mon cœur battait vite, trop vite, mais j’essayais de ne pas y penser. Je ne dis rien alors qu’on avançait, je crois que je me suis assez mise la honte comme ça. Une fois arrivés, il m’indiqua où nous pouvions nous asseoir et je le lâchai donc. J’entendis des bruits de pas qui ne m’étaient pas familiers, probablement un médecin ou une infirmière.

-« Bonjour Monsieur Arima. Le médecin devrait arriver sous peu. »

-« Merci. »

J’avais raison. Les pas s’éloignèrent et nous laissèrent alors seuls. Seuls après ce que j’avais dit… oh mon dieu… J’essayais de ne pas y penser, de ne penser à rien. J’entendis Hiroto soupirer. Je me sentis mal et me demandai ce que je pourrais faire ou dire.

-« Désolé… »

-« Pourquoi? Qu’est-ce qu’il y a? » Demandai-je inquiète, ne voyant pas du tout pourquoi il s’excusait.

J’avais peur qu’il ne me dise qu’il s’excuse parce qu’il a compris que je l’aime et que ce n’est pas réciproque. Cependant, je ne dis rien, attendant plutôt ses explications. De nouveaux pas se firent entendre. Quelqu’un poussa la porte. Je relevai la tête vers la provenance du bruit.

-« Bonjour monsieur Arima, je suis le docteur Zhao. »

Je fis un petit signe de tête à cette voix masculine au léger accent d’une autre langue asiatique. Je serrai doucement la main de mon ami, puis le lâchai pour le laisser aller faire ses tests. Puisque je doute être admise pour les rayons X… 

© Belzébuth
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MessageSujet: Re: I'm sorry, I messed up (feat. Sayuri)   Sam 21 Déc - 22:48

Mon estomac commençait peu à peu à crier famine, mais mon cœur m’empêchait de manger quoi que ce soit. La nourriture que Sayuri avait apportée me semblait, toutefois, alléchante. Mes émotions envers elle, mon mal insupportable, mon sentiment de culpabilité et d’échec ; tout cela me nouait l’estomac qui, lui, ne demandait qu’à être nourrit. Je n’avais presque rien mangé en un assez long laps de temps : pendant plusieurs heures je préférais préparer mes documents pour Sayuri afin qu’elle soit capable de lire le braille coréen, malgré mon absence totale de connaissance en braille (peu importe la provenance dudit braille). Si ce n’est pas être dédié, je ne sais pas ce que c’est ! Bref… tout ça pour dire que mon corps commençait à sentir le manque de nutriments, mais que j’étais tout simplement incapable d’ingérer quoi que ce soit.

Je sais que je me le demande souvent… mais je ne suis pas capable de passer quelques minutes sans me demander si Sayuri sent et comprend chaque signe physique que je démontre, volontairement ou non. Elle criait haut et fort à tout le monde qu’elle m’aimait, au Japon. Je lui répondais, haut et fort, la même chose. Un amour réciproque d’enfance, mais la réciprocité s’est rapidement effacée au fil du temps. Pourquoi d’autre Sayuri aurait-elle arrêté de scander sur tous les toits à quel point elle m’aimait si ses sentiments ne s’étaient pas dissipés ? … moi ? Pourquoi j’ai arrêté ? Sans trop vouloir l’admettre… j’étais gêné, un peu. Je ne le disais jamais en premier, j’attendais toujours que Sayuri le dise avant de le répéter. Le fait qu’elle arrête peu à peu a fait en sorte qu’au final, je me suis tut aussi. Je me demande parfois si elle se rappelle de ses moments, et si elle se doute que cet amour est encore bien vivant à l’intérieur de moi. Probablement pas, par contre. Probablement pas.

Pourtant, je faisais tant d’efforts pour qu’elle soit capable de le voir ! D’accord, j’étais assez peu explicite, mais ce n’est pas comme si je pouvais lui dire tout bonnement « Sayuri, je t’aime ! » et qu’elle allait l’accepter. Je veux dire, même si on était proche (lire ici : amis d’enfance et colocataires), nous sommes totalement opposés. J’ai toujours cette peur de me faire juger en tant que profiteur parce que « je sors avec une aveugle ». Je sais que mon amour devrait être plus fort que les faux jugements des gens autour de moi, mais j’ai terriblement peur que ces jugements ruinent la qualité de vie de Sayuri. Elle n’avait pas besoin de subir ça.

Être avec elle à l’hôpital m’a donné un avant goût de ce que pourrait être l’opinion commune de notre relation de couple. Deux jeunes japonais, se tenant main dans la main pour se supporter mutuellement dans nos propres déboires (moi avec le genou explosé, elle avec son handicap visuel)… certaines personnes trouvaient ça intensément mignon. D’autres jugeaient sur les apparences et mes tatouages et croyaient que je profitais d’une pauvre petite fille sans défense et de sa canne pour m’accompagner à l’hôpital parce que je me suis battu et qu’on m’a défait une jambe. Cette dernière idée me fit trembler, et ce bref tremblement fut accompagné d’un énième soupir de tristesse. J’essayais tant bien que mal de camoufler tous signes physiques de tristesse, de culpabilité ou de peur à Sayuri pour ne pas qu’elle s’inquiète, mais je crois bien que c’est peine perdue. Elle a probablement tout remarqué. Étant aveugle, Sayuri est devenue beaucoup plus tactile et porte une attention folle aux détails. Je ne la blame pas, en fait. Je ferais pareil. C’est seulement un peu plus dur de camoufler mon non verbal physique pour cette raison, surtout à la fréquence de ses câlins.

Malgré tout, je me sentais coupable et affreusement mal pour elle. C’est elle qui devait m’accompagner à l’hôpital à défaut d’avoir quelqu’un d’autre pour m’aider ; c’est elle qui devait sentir les regards désobligeants parmi les regards envieux et se demander pourquoi ; c’est elle qui devait essayer d’endurer ma mauvaise humeur qui était née à la suite de ma souffrance et de toutes les émotions instables que j’avais présentement ; c’est également elle qui devait m’endurer pendant que je me faisais encore plus mal à refuser toute nourriture ou aide additionnelle. Je m’excuse, Sayuri. Je n’ai jamais voulu te faire de mal.

Une larme, timide, glissa tranquillement sur ma joue.

Cette larme que Sayuri pourrait, espérons-le, interpréter non pas comme de la tristesse mais de la douleur. Tandis que moi je tentais du mieux que je pouvais de camoufler mes émotions, Sayuri, elle, avait le visage extrêmement expressif. Je lui ai dit qu’elle s’occupait suffisamment de moi, elle a fortement contesté. S’en suivit alors un long monologue de sa part. Elle énuméra un bon nombre de souvenirs où je m’occupais d’elle (ou où je l’endurais), tentant de prouver qu’au contraire, je suis celui qui s’occupe le plus d’elle. Toutes les fois où elle voulait m’épouser et que je « contestais » (j’étais, en fait, beaucoup trop gêné pour répondre oui). Toutes les fois où j’étais là pour elle quand sa mère est morte. Elle a même parlé de son accident, disant que « j’ai toujours été là », malgré que l’accident… même plusieurs années plus tard, j’ai l’impression que c’est ma faute.

Ses lèvres qu’elle mordillait pour chercher les mots justes, cette main qui serrait la mienne, son expression faciale. Comment aie-je pu être aussi stupide pendant tout ce temps ? Les mots qui suivirent firent exploser mon cœur silencieusement. Elle ne le disait pas explicitement… mais si j’étais aussi important pour elle… et cette expression faciale ! Cela ne voulait dire qu’une chose, non ? C’était… réciproque ?

Je suis resté figé pendant plusieurs longues secondes, incapable de réagir autrement. J’étais bouleversé. Tout faisait du sens maintenant ! Les milliers (que dis-je, milliards) de câlins, sa tactilité accablante mais si agréable, ses expressions faciales qui devraient l’avoir trahie depuis si longtemps mais que j’avais beaucoup trop mal interprété… je revois mon enfance et mon adolescence au complet devant mes yeux, tous nos moments passés ensemble, et je n’arrive pas à croire que pendant toutes ces années, c’était réciproque.

Mais qu’est-ce que je fais si je me trompe ? J’aurais tellement l’air idiot !

ARGH. Les mots à Sayuri raisonnaient dans ma tête, tout comme sa question à laquelle je n’avais pas eu la force d’esprit de répondre encore. Pis au moment où j’ai entreouvert mes lèvres pour lui répondre, une voix inconnue retentit. « Vous êtes mignons, tout les deux ». Je n’ai même pas osé regarder cette personne en face et lui sourire. J’étais gêné, troublé, et abasourdi.

- Je… non… non, c’est pas mal… tu as le droit.

Au même moment, je fus appelé à l’intercom pour rencontrer le médecin. Nous nous sommes levés simultanément pour se diriger vers la salle appropriée. Sayuri s’était rapprochée de moi, entourant ma taille de ses bras à la hauteur de mes hanches. Certes, cela m’aidait à être beaucoup plus stable, mais en même temps je me sentais un peu inconfortable. J’avais l’impression que tout allait si vite, même si en fait, notre relation allait beaucoup trop lentement. De plus, j’avais peur de tomber et de l’entraîner dans ma chute. Qu’est-ce qui arriverait si elle se faisait mal aussi ? Jamais je ne me le pardonnerais.

Assis dans la salle des rayons X, mon cerveau tentait encore sans succès d’assimiler l’entièreté de l’information et des événements des dernières minutes. Je me sentais si coupable. J’avais l’impression d’être lâche et pitoyable, mais aussi d’être un idiot parce que je n’ai rien remarqué. Je l’avais fait languir depuis si longtemps ! Elle devait se sentir horrible à chaque câlin, pensant que j’ignorais ses sentiments. J’avais l’impression de l’avoir fait souffrir pendant plusieurs années, et je me sentais dégueulasse. « Désolé » était le seul mot que je pu sortir, en un soupir.

- Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Désolé parce que j’ai compris que tu m’aime, et que c’est réciproque. Désolé pour ne pas avoir eu le courage de te le dire avant, et désolé de t’avoir fait souffrir ainsi. Je n’ai même pas eu le temps de m’expliquer ou de lui dire tout ce que j’avais sur le cœur, lui avouer à quel point que je l’aime et qu’elle est toute ma vie et plus. Docteur Zhao entre dans la pièce.

- Bonjour, Monsieur Arima. Je suis le docteur Zhao.
- Bonjour.

Je serrai la main de Sayuri pour tenter de lui dire que je devais partir, mais que je reviendrai plus tard. Je me suis levé péniblement, une jambe en l’air, tentant de ne pas trop la plier pour ne pas empirer mon cas. En sautillant, j’ai suivi le docteur Zhao qui me faisait signe de le suivre. Il me tenait le bras pour que je réussisse à me rendre en un morceau jusqu’à l’endroit désigné pour établir un diagnostic complet. Je me suis assis, et on a commencé les tests.

- … oui, c’est ce que je craignais. Votre rotule est cassée, mais également déplacée. Quelques tendons sont étirés et déchirés. Il va falloir vous installer un plâtre, mais pour faciliter une guérison uniforme, je dois également déplacer la rotule.

DéplaCER LA ROTULE ? Wowowow. Je ne m’étais jamais vraiment cassé quelque chose au point d’avoir un os déplacé. Je ne savais pas s’il allait me mettre sous anesthésiant, ou s’il allait geler mon genou d’une façon ou d’une autre avant de lui faire violence pour qu’il guérisse comme il faut. Voyant le docteur Zhao s’approcher de mon genou sans anesthésiant quelconque, j’ai du me préparer au p-

- AAAAAAAGGGGGGGGGHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !!!!!!!!!!!

Le docteur m’a prit par surprise. D’un coup sec, il a déplacé ma rotule explosée à froid, sans prévenir. Même si, dans un sens, c’était mieux ainsi, j’aurais préféré qu’il me prévienne voyez-vous ? J’aurais peut-être pu contrôler mon cri de douleur et ne pas faire angoisser Sayuri davantage. Les larmes aux yeux, je serrais le rebord de mon siège d’une main et je serrais mon poing libre. J’avais le goût de frapper le mur de brique avec mon poing pour tenter d’oublier cette atroce souffrance, mais ça aurait fait en sorte qu’il faille me déplacer d’autres os et ce n’est pas ce qu’on voulait du tout.

- Ah…, lâchai-je dans un soupir douloureux.
- Désolé, Monsieur Arima. Au moins c’est fait !
- Ugh..

S’en suit ensuite la procédure entière pour installer un plâtre sur ma jambe meurtrie. Procédure chiante que je n’ai même pas envie de décrire. Bref, ceci terminé, je pu enfin mettre la main sur des béquilles pour rendre mes déplacements infiniment plus simples, et je pu rejoindre Sayuri. Je mis ma main sur son épaule pour lui faire signe qu’elle pouvait se lever et me suivre. Une fois à l’extérieur de la salle, je lui ai agrippé la main du mieux que je pouvais.

- Désolé d’avoir crié tantôt ! Le con m’a même pas prévenu quand il a déplacé ma rotule, ça a tellement fait mal wow… j’espère que je ne t’ai pas trop inquiété.

J’étais en route vers l’endroit où il fallait se diriger pour payer les services médicaux que je venais d’avoir. Ma main serrait toujours celle à Sayuri, tentant de lui faire parvenir mes sentiments par le toucher. Ça ne marcherait probablement pas. Bref… une fois le tout payé (glisse la carte de crédit, accepter, une petite signature s’il vous plait), j’ai agrippé à nouveau sa main tout en me rapprochant un peu plus d’elle, pour se diriger vers l’extérieur. J’ai tendu ma main libre vers ma poche afin d’atteindre mon téléphone cellulaire et appeler un autre taxi pour revenir à la maison.

- Bonjour, il nous faudrait un taxi en face de l’hôpital s’il vous plait… oh, dans 30 minutes ? Non c’est parfait. Merci.

Il y avait une forte demande au niveau des taxis à cette heure-ci. Le nôtre allait tarder, mais heureusement pour nous, le temps s’était réchauffé un peu. Nous nous sommes assis sur un banc non loin afin d’attendre notre taxi en paix. J’enroule mon bras autour du sien, serre à nouveau sa main dans la main tout en insérant mes doigts dans les espaces entre les siens, comme si nos mains ne faisaient qu’un.

- Eh… je me sens vraiment stupide.

J’esquissai un mince sourire gêné, tout en soupirant nerveusement. Il y avait tant de façon qui me venaient en tête de lui avouer mon amour pour elle, mais chacune d’entre elles étaient soient improbable, soient trop spectaculaires. J’aurais adoré lui montrer un miroir et lui dire « Voici la fille que j’aime ». J’aurais adoré lui donner les plus belles fleurs et un petit message d’accompagnement disant simplement « Veux-tu sortir avec moi ? », ou quelque chose du genre. Malheureusement, elle ne pourrait pas lire le message, voir à quel point les fleurs égalent sa beauté, ou voir son reflet dans le miroir que j’aurais tendu en face d’elle.

- C’est drôle… quand tu m’as parlé tantôt, il y a quelque chose qui a cliqué. Quelque chose que j’aurais du voir depuis longtemps. On dirait que je suis soit imbécile, soit naïf… soit les deux… ou peut-être juste aveuglé par l’amour…

Je me suis étranglé avec les derniers mots. Je ne pouvais absolument pas reculer maintenant, et puis de toute façon, peut-être qu’elle a déjà comprit.

- Tu sais… quand on était jeune et qu’on voulait se marier. Je t’aimais vraiment. Et pour être franc, je n’ai jamais cessé de t’aimer.
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MessageSujet: Re: I'm sorry, I messed up (feat. Sayuri)   Mar 4 Fév - 21:55




I'm sorry, I messed up - Tenue
Ft. Hiroto & Sayuri

 Nous, les japonais, parlons peu pour en dire souvent beaucoup. Énormément se joue sur le non-dit, sur le sous-entendu. Du moins, moi, lorsqu’il est question des émotions, c’est ainsi que je fonctionne. Pour les émotions importantes. Lorsque ma mère est morte, lorsque j’ai eu mon accident, tout ce qui s’est passé avec mon père entre ces deux évènements… Mes sentiments pour Hiroto. Tant de choses importantes que je n’ai pas partagées… Je ne les ai pas partagées pour ne pas les voir se faire piétiner, parce que je ne voulais pas non plus paraître ingrate et demander plus que ce que je n’ai déjà. J’ai conscience de toute la chance que j’ai malgré mon lot de malchances et je me dois de m’en contenter. J’apprécie même ces petites chances, sans elle, Hiroto aurait disparu de ma vie. Mon père serait probablement mort sur son piano, entouré de nombreuses bouteilles d’alcool vides. J’aurais peut-être perdu la vie. Il est vrai que lorsque l’accident est arrivé, je regrettais d’y avoir survécu. Je me disais que j’aurais préféré y perdre carrément la vie plutôt que seulement la vue. Je n’aimais pas devenir ainsi incapable de faire… tout. J’avais l’impression que je ne pourrais plus dessiner, plus danser, plus jouer de piano… plus rien de ce que j’aimais. Je croyais avoir perdu non seulement un sens, mais mes possibilités d’avenir aussi. Je me rappelais avec horreur avoir lu quelque part, quand j’étais plus jeune, que lorsqu’un aveugle rit, il a l’air terriblement stupide. Je ne voulais donc plus rire non plus, je ne voulais pas inspirer la stupidité en plus de tout le reste.

C’est Hiroto qui m’a fait rire, malgré les kilomètres que je mettais entre moi et le monde. Il a réussi à me rassurer, sans s’en rendre compte. Il m’a beaucoup aidé à accepter mon handicap, même s’il ne le sait pas. Après, j’ai fini à simplement vivre avec et je suis blessée par le fait que les gens me croient encore incapable de me débrouiller par moi-même. Certes, je ne peux pas tout faire comme tout le monde. Il est aussi vrai que j’ai besoin d’aide pour des choses anodines, comme acheter mes vêtements. Je peux trouver les bonnes tailles, oui, mais en savoir les couleurs, les motifs… C’est là qu’entrent en scène mes proches, que ce soit ma cousine lorsque j’habitais au Japon ou maintenant Hiroto. Enfin, c’est là qu’ils entrent en scène sur le plan pratique, autrement, ils y figurent toujours, ils sont trop importants pour n’y figurer qu’à ce titre. Mais pour le moment, c’est de ce point dont je viens de débattre, en un sens, avec celui qui a ravi les plus forts de mes tendres sentiments. J’ai trop parlé, j’en ai conscience. J’ai pris trop de mots pour expliquer cette chose si simple qu’est la reconnaissance, mais qui devient si complexe dans cette situation, puisque mon cœur l’a trempée dans l’amour au fil des années. Pour mieux m’expliquer, je dirais que je suis très reconnaissante à ma famille de toujours être là pour moi, mais comme je suis amoureuse de lui, le fait qu’il soit si attentionné à mon égard ne me touche qu’encore plus. Chacune de ses paroles est lourdes de sentiments pour moi, chacune de ses paroles a ce pouvoir mystique sur moi de me faire sourire ou de me briser le cœur. Il n’a qu’à m’effleurer la joue pour m’arracher un sourire, il n’a qu’à me prendre dans ses bras pour inviter mon cœur à faire une danse endiablée dans ma menue poitrine qui ne le cache pas très bien, il n’a qu’à murmurer quelques mots pour me laisser rêveuse des heures durant.

C’est pour ces diverses raisons que lorsque je le décrivais, quand j’étais enfant, comme un magicien. Il réussissait en un simple tour de mains à m’éblouir, à me faire sourire et m’inviter dans un autre monde remplis de mille promesses, toutes plus douces et plus belles les unes que les autres. Il n’avait pas besoin de les dire, je me les imaginais. Je m’imaginais tout, quand j’étais petite, je lui partageais mon imaginaire, mais en vieillissant, je l’ai gardé secret. Il a trouvé sa place, probablement sans le savoir, dans mon jardin secret. Un cri se faufila jusqu’à mon jardin, m’en sortant de manière drastique. J’ouvris les yeux, le noir revint m’envelopper alors que je me levais par pur réflexe. C’était bien beau me lever et de paniquer, mais je ne savais pas où il avait été… et puis je n’avais pas ma canne. Je ne pouvais donc que me rasseoir et me ronger les sangs. Chose que je fis longuement, encore et encore. Ce sentiment terrible d’impuissance. Était-ce cela qu’avait vécu mes proches? Je ne m’en sentis que plus coupable, en plus de l’impatience, de l’impuissance, de ce sentiment de ne servir à rien… Puis une porte comme les autres s’ouvrit, des pas, encore. Sauf que ceux-ci furent différents, ils se dirigeaient vers moi. Ça ressemblait à Hiroto qui boitait, mais avec quelque chose en plus. Pour une fois, mon visage restait impassible. Illisible, je ne voulais pas qu’il me trahisse. Pas après toutes les trahisons que venaient de me faire mes émotions. Je dois me rattraper… J’ai trop parlé et même si toutes sortes de sentiments m’assaillent encore, je ne dois pas les laisser me faire faire n’importe quoi encore. Hiroto n’a pas besoin que je l’embarrasse avec tout ça. Je sens une main se poser sur mon épaule, je relève donc un peu la tête et prends cette main que je reconnus. Je fus immédiatement rassurée et me levai pour le suivre, en essayant de ne pas trop le gêner.

-« Désolé d’avoir crié tantôt ! Le con m’a même pas prévenu quand il a déplacé ma rotule, ça a tellement fait mal wow… j’espère que je ne t’ai pas trop inquiété. »

-« Tu es plus à plaindre que moi… » Lui répondis-je seulement, à voix basse.

Oui, bien sûr que je m’étais inquiétée. C’était l’évidence même et le nier aurait été un mensonge qu’il aurait deviné bien trop facilement. Le souligner n’aurait servi à rien sinon faire qu’il ne se sente encore coupable. Je crois qu’il a assez mal sans que je ne lui ajoute ça! Je le suivis ensuite en silence, remarquant la différence dans sa démarche. Je me demandai pendant combien de temps j’entendrais la souffrance silencieuse dans ses pas, mais je n’osai pas en dire un mot. Il ne voulait probablement pas y penser. Je m’arrêtai à côté de lui lorsqu’il paya ses soins et je lâchai sa main pour lui rendre sa liberté, mais aussi pour me rappeler que nous n’étions pas ensembles. Il fallait vraiment que je me calme un peu, cet accès d’émotions n’avait probablement pas été très subtil… Ça ne me ressemble pas d’être émotive comme ça. D’être émotive, oui, mais pas à notre sujet, pas comme ça. En bien, en rire, en bons souvenirs, mais je ne lui partage pas le fait qu’il me fâche parfois à me prendre pour une abrutie, ni le fait que ça m’énerve qu’il ne se rende pas compte de l’évidence. Mais, ça, c’est de ma faute. Je ne la dis pas, moi non plus, cette évidence. Je la sous-entends, comme tout le reste. Je soupirai en tournant la tête dans la direction opposée à celle où je devine que mon colocataire se trouve. Je m’énerve moi-même avec tout ça. Je sursautai en sentant sa main venir retrouver la mienne, j’esquissai un petit sourire que je forçai.

-« Bonjour, il nous faudrait un taxi en face de l’hôpital s’il vous plait… oh, dans 30 minutes ? Non c’est parfait. Merci. »

30 minutes… Si j’avais été plus vêtue, j’aurais probablement proposé de marcher. Sauf que je ne sais pas si marcher me réchaufferait vraiment. Heureusement que la température est moins fraîche. De toutes manières, Hiroto me réchauffe aussi un peu. Ce n’est pas beaucoup, mais son bras qui enroule le mien le tien au chaud. J’accepte volontiers sa main, comme je le fais toujours. Je sais que je m’étais dit que je devais freiner un peu, beaucoup, énormément mes sentiments, mais il ne m’aide en rien. Je me permets de me blottir un peu contre lui, au pire, je prétexterai la température et puis, ce n’est pas comme s’il n’avait pas l’habitude à ce que je sois du genre à le coller. J’appuie ma tête contre son épaule et ferme les yeux pour retourner dans mon petit jardin imaginaire. Doucement, mon pouce caressait sa main en effectuant de petits allers-retours délicats.

-« Eh… je me sens vraiment stupide. »

-« Mmmmm…? » Murmurai-je simplement, sans bouger.

Pourquoi était-il stupide cette fois? Enfin, pourquoi le pensait-il.

-« Tu dis n’importe quoi, ça peut arriver à tout le monde des accidents… » Murmurai-je alors pour tenter de le réconforter.

-« C’est drôle… quand tu m’as parlé tantôt, il y a quelque chose qui a cliqué. »

J’ouvris les yeux en entendant cela, mon cœur s’arrêta une seconde, puis s’emballa. Oh merde. J’ai trop parlé… Il va gentiment me dire de l’oublier. Je ne dis rien et me mordis la lèvre pour me concentrer sur quelque chose : la douleur à ma lèvre.

-« Quelque chose que j’aurais du voir depuis longtemps. On dirait que je suis soit imbécile, soit naïf… soit les deux… ou peut-être juste aveuglé par l’amour… »

J’avais déjà commencé à ralentir le rythme de mon pouce sur sa main, mais là, j’arrêtai carrément. On ne parle jamais du fait qu’il aime quelqu’un. On s’est mis d’accord, en silence, de ne pas en parler. C’est comme s’il le savait que ça ne me ferait que du mal, donc pourquoi rompre ce silence? Je me relevai doucement pour m’écarter un peu. Je ne pouvais pas rester la tête contre son épaule comme ça, naturellement, alors que mon cœur se faisait passer au tordeur pour être incinérer, remis en morceaux et répéter à l’infini. Je veux bien garder un air impassible, mais je ne le pourrai pas en restant aussi proche et en entendant ça…

-« Tu sais… quand on était jeunes et qu’on voulait se marier. Je t’aimais vraiment. Et pour être franc, je n’ai jamais cessé de t’aimer. »

Je restai silencieuse un moment. Hébétée. Je n’étais pas certaine d’avoir bien compris. Non, j’étais certaine de ne pas avoir bien compris. Je clignai quelques fois des yeux, comme si ça allait changer quoique ce soit. Je fronçai les sourcils et me pinçai subtilement la cuisse de ma main libre. Je grimaçai, je m’étais fait mal. C’était donc vrai.

-« Pourquoi… » Dis-je finalement, cherchant un peu mes mots.

Je fis une pause.

-« Pourquoi tu ne l’as pas dit avant? » Finis-je par articuler, le souffle court.

Je tournai ma tête vers lui, mon cœur battait tellement vite. Je croyais qu’il était sur le point de me quitter, ivre de bonheur pour aller courir dans les prés.

-« Depuis tout ce temps… je pensais que tu aimais quelqu’un d’autre… J’avais peur de bientôt être de trop dans l’appartement… » Lui admis-je en balbutiant timidement. « Je voulais être heureuse pour toi, mais… » Je me tus. Mais je ne suis pas une si bonne personne… « Je suis encore plus heureuse maintenant. » Admis-je finalement, après avoir hésité.

Je lui souris, mes yeux étaient maintenant humides. Mais pas à cause de la tristesse. Ô non. J’étais juste trop contente.

-« Mes sentiments n’ont jamais changés non plus, mais je ne voulais pas être un poids pour toi… et je ne croyais pas que tu puisses m’aimer… » Avouai-je finalement en serrant sa main dans la mienne.

J’aurais aimé l’embrasser, mais je ne le vois pas. Je préfère éviter les accidents et aussi la honte que je me mettrais si jamais j’avais mal compris dès le départ!

© Belzébuth
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I'm sorry, I messed up (feat. Sayuri)

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